Des voix, des vies, des récits inspirants
l'Homme à Roulette qui a parcouru 55 km en fauteuil-roulant.
« Une partie de l’équipe de Voyageons avec Mina a eu le plaisir d’échanger avec Eddy, quelques jours avant son marathon voici son interview. »
CALLIE et MARIE-ANGE : Bonjour, bienvenue.
CALLIE : Cela nous fait très plaisir de pouvoir échanger avec vous. Je pense que ce temps sera riche.
EDDY : Bonjour. On va essayer au maximum.
CALLIE : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
EDDY : Je m’appelle Eddy, j’ai 23 ans et depuis 2 ans maintenant, je suis en situation de handicap.
CALLIE : Quelle est votre handicap et en quoi consiste-t-il ?
EDDY : Aujourd’hui, je suis atteint d’une paraplégie incomplète de 50 % avec un déficit moteur sur les membres supérieurs, survenue depuis maintenant 2 ans suite à un accident.
CALLIE : Comment l’idée du marathon en fauteuil vous est-elle venue ?
EDDY : L’idée du marathon nous est venue suite à des discussions que j’ai pu avoir. J’ai un ami qui voulait faire un marathon et j’ai répondu que j’aimerais bien en faire un en fauteuil. Il pensait que c’était impossible. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que j’essaie de tout faire pour donner vie au marathon en fauteuil.
CALLIE : Est-ce que vous étiez déjà sportif avant le handicap ?
EDDY : Pas énormément, je courais un peu le week-end pour garder une forme physique. Après, j’étais maçon : le sport, on en faisait beaucoup au travail.
MARIE-ANGE : Votre préparation a-t-elle demandé beaucoup de temps ?
EDDY : Oui, ça demande énormément de temps. Je m’entraîne 7 jours sur 7. Je me prépare depuis le mois d’août 2025. Cela consiste en plein de choses : en une préparation mentale, physique et en beaucoup de renforcement musculaire.
CALLIE : Etes-vous suivi par un coach ?
EDDY : Oui, il m’appelle tous les 15 jours.
Pour le renforcement musculaire, c’est mon kiné qui me suit, et pour la préparation mentale, une psy. Ensemble, on essaie d’apprendre toutes les émotions, telles que le stress, l’adrénaline, l’anxiété, l’énervement, la joie, le bonheur, etc., pour transformer tout ça d’une façon que le corps et la tête puissent tenir 55 km.
CALLIE : Le marathon est dans moins de 20 jours. Comment vous sentez-vous mentalement par rapport à cette deadline ? Et physiquement ?
EDDY : Mentalement, un peu stressé et très impatient. Physiquement, je ne saurais pas dire. Prêt, je pense. Même si on ne peut jamais vraiment dire qu’on est prêt.
CALLIE : Quelle est la plus longue distance que vous avez parcourue en fauteuil jusqu’à présent ? EDDY : D’une seule traite, 15 km.
CALLIE : Donc là, cela va être un vrai challenge.
EDDY : Oui. Après, dans tous les cas, n’importe qui le dira, on ne fait jamais un marathon avant de faire un marathon. Oui cela va être un vrai challenge. On espère le réussir au mieux.
CALLIE : On est plusieurs de l’équipe à suivre ce que vous postez. On voit votre préparation, on voit de petites choses apparaître. On sait qu’il n’y aura pas de buvette gratuite finalement. Que pourra-t-on retrouver le grand jour ?
EDDY : Non, il n’y aura pas de buvette gratuite. On pourra retrouver le « live » : on sera en direct toute la journée, du matin jusqu’au soir sur FaceBook. À l’heure actuelle, c’est la seule qui accepte les handicapés. On est bannis de TikTok pour « activités dangereuses ».
MARIE-ANGE : Pour quelle raison ?
EDDY : J’ai fait le test 3 fois et 3 fois on a été bannis parce qu’on était en « live » alors qu’on roulait sur la route. Il y a des moments où on sera sur des trottoirs. Mais l’application ne sait pas la différence entre un trottoir et la route. Est-ce que ce n’est pas dangereux, est-ce que c’est dangereux ? Il y a des axes où on sera sur des départementales, on est sur des axes à 80 km/h qui sont considérés comme des routes pour les voitures. En ayant essayer un soir à 21h00 de prendre une route où il n’y avait pas grand monde, le « live » s’est coupé après 2 km.
CALLIE : C’est dommage, je pense que vous auriez eu beaucoup de succès sur TikTok.
EDDY : On va dire que l’on touche plus de monde là-bas hors de ma région. Avec FaceBook, on touche beaucoup de monde, mais de notre région. On a voulu lancer YouTube mais c’est déjà beaucoup de travail en plus du marathon. Dans tous les cas, au marathon, il y aura des photos, des vidéos en drones, tout va être mis sur YouTube pour répertorier la journée à travers des moments de « live » avec un beau montage. Le but est de partager la journée à ceux qui n’ont pas pu la voir ou qui n’ont pas pu être là.
CALLIE : Avec toute cette organisation, j’imagine que vous comptez sur des sponsors et des partenaires ?
EDDY : De base, on devait en avoir plus. Mais malheureusement, du point de vue financier, on n’en a pas. Il s’agit davantage de collaboration avec des magasins ou autres. BUREAU VALLÉE nous on fait toutes nos impressions pour les affiches et les pancartes. ORIAS et AUSSI TAUX PRÊT, des agences courtier en prêt immobilier, m’aident à financer mon fauteuil, car j’ai eu des problèmes de fauteuil sur les 6 derniers mois. BASTIDE nous soutiennent aussi. Ils nous mettent 2 fauteuils à disposition pour le marathon pour avoir du matériel, étant donné que je n’ai plus mon matériel à moi.

CALLIE : Vous voulez aider une association : L’Étoile de Marin. Pourriez-vous nous en parler ? Qui est Marin ?
EDDY : Marin est un jeune garçon de 4 ans atteint d’une maladie. Avec mes mots, il est atteint au niveau des cervicales et de la moelle épinière. Cela l’empêche de se lever tout seul, de marcher tout seul et de se déplacer tout seul. Les fonds serviraient pour des séances de kiné pour apprendre la vie, pour apprendre à se positionner debout sans l’aide de matériel, essayer de faire quelques pas, même si il ne marchera jamais de grandes distances. Mais au moins de le faire tenir debout, de l’aider à se maintenir, de le faire se développer au maximum pour qu’il puisse avoir la vie d’un enfant à peu près lambda.
CALLIE : Qu’est-ce qui vous a fait choisir l’association de Marin ?
EDDY : Je voulais aider des personnes. Quand j’ai eu mon accident, je n’ai pas eu un tiers responsable, j’ai dû acheter mon fauteuil tout seul. À ce moment-là, les financements des fauteuils n’étaient pas là. Même aujourd’hui, ils sont là mais pas réellement. De base, je voulais aider des gens en leur apportant une aide financière, un petit apport pour aider à financer leurs fauteuils. Notre cher Président de la République a annoncé 3 mois après avoir lancé ça que les fauteuils étaient remboursés par la Sécurité Sociale. On a alors fait un appel pour rechercher des associations. Là où je ressentais mieux les choses, c’était avec Marin.
CALLIE : Quel est le message que vous voulez transmettre à travers ce marathon et la cagnotte que vous avez ouverte pour soutenir cette association ?
EDDY : Le premier message, c’est valoriser la vision du handicap : on est peut-être différent d’un aspect visuel, mais à l’intérieur on reste tous les mêmes. On est tous des gens avec des capacités normales comme tout le monde. Qu’il manque un bras ou une jambe. Que je sois en fauteuil roulant, que je ne puisse plus marcher. Finalement, on reste tous les mêmes et on a le même aspect. Faire changer la vision des choses, le jugement ou les mauvais regards qu’on peut malheureusement avoir. La deuxième chose, c’est aider Marin au maximum si on y arrive. Et la troisième chose, c’est un défi personnel pour moi-même. Je suis encore capable de plein de choses, même en ayant des membres en moins et la moitié du corps défectueux.
CALLIE : Qu’est-ce qui vous attend à la fin du parcours : de la fierté, du soulagement, de la satisfaction ?
EDDY : Oui, de la satisfaction, une reconnaissance personnelle envers moi-même. Je n’ai pas travaillé pendant 8 à 10 mois pour rien. Je veux montrer à certaines personnes que je suis aussi capable que quelqu’un qui a des jambes. C’est un peu plus facile de faire un marathon avec des jambes que d’en faire un sans. La préparation n’est pas la même, le corps n’est pas le même. Il y a peut-être plus de travail, peut-être plus d’échecs aussi malheureusement.
MARIE-ANGE : Avez-vous des peurs ou des angoisses ?
EDDY : Ma seule peur, c’est que je ne tienne pas, que le corps lâche. J’ai une triple tendinite à l’épaule droite avec fissuration du tendon. Même si on travaille dessus depuis 3 mois, j’ai peur que la tendinite s’aggrave d’un coup. Que le tendon casse pendant le marathon. Malheureusement, sans tendon, mon bras ne fonctionnera plus, je ne pourrai plus avancer. C’est ce qui me fait le plus peur avec la météo. Ce qui ferait que le marathon soit annulé, c’est l’aspect médical ou bien si il y a des vents à 90 km/h ou s’il pleut des grêlons et que c’est impossible d’avancer.
CALLIE : Savez-vous si vous aurez du monde pour vous suivre tout au long du parcours ?
EDDY : Tout au long du parcours, je suis tout seul avec des véhicules qui me sécurisent. On a une équipe qui s’appelle les Rollers Challandais qui sont motivés pour le faire avec nous. Donc c’est génial ! Dans l’encadrement de l’événement, ce n’est prévu que pour moi tout seul. Si quelqu’un se blesse, ce n’est pas de ma responsabilité.
MARIE-ANGE : Comment votre famille réagit-elle face à ce projet ?
EDDY : De mon côté, je n’ai pas grand monde. Je n’ai que ma mère. C’est marrant, elle n’y croit pas. Pour elle, je ne vais pas finir le marathon. Ma femme, elle me dit : « Si tu y arrives, tant mieux. Si tu n’y arrives pas, au moins tu auras essayé, tu n’auras pas lâché. ». Elle travaille tout autant que moi sur le marathon. C’est 50/50. Elle fait énormément de choses avec moi. De son côté, ils espèrent tous que ça se termine bien. Que ce soit une réussite.
CALLIE et MARIE-ANGE : On vous le souhaite, on va vous suivre.
EDDY : Je me le souhaite à moi-même.
CALLIE : S’agit-il du premier projet d’une longue liste ?
EDDY : Aujourd’hui, je ne répondrai pas. De ma perspective à moi, c’est le premier, peut-être pas le dernier. En tout cas, si la vie et les raisons médicales me le permettent un jour. Mais en tout cas, pas maintenant car c’est beaucoup de sacrifices et de travail pour seulement une journée.
MARIE-ANGE : Quel conseil vous donneriez à quelqu’un qui voudrait se lancer dans une aventure telle que la vôtre ?
EDDY : De s’en donner les moyens et d’essayer de s’entourer des bonnes personnes. D’écouter les avis de tout le monde sans écouter les avis négatifs. Ou en prenant les avis négatifs dans un but de construction et de chercher à comprendre. Écouter son corps : si le corps dit non, ne pas le faire, si le corps dit « je pense que tu peux le faire », mettre tout ce qu’il faut en place pour y arriver.
CALLIE : Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter pour cette grande journée qui arrive à grands pas ?

EDDY : Que mon message soit bien pris auprès des gens et bien compris dans la formalité dans laquelle on veut le faire comprendre. Et terminer l’événement.
CALLIE et MARIE-ANGE : On vous souhaite d’être dans de bonnes conditions physiquement et mentalement, en espérant que la météo soit avec vous. On vous souhaite le meilleur pour cet événement. Merci d’avoir pris le temps de discuter avec nous.
EDDY : Merci à vous également d’avoir pris le temps de m’écouter.
« L’association Voyageons avec Mina est fière de vous annoncer que son marathon a été un succès. Il a fini avec brio ce challenge sportif. Félicitation ! »





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