Loïc Moyne, ou le témoignage d’une personne déficiente visuelle sur l’inclusion scolaire.

Q : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ? Qui êtes-vous ? Quel est votre handicap ? En quoi consiste-t-il au quotidien ?

R : Je m’appelle Loïc Moyne, j’ai 25 ans. Je viens de terminer un BTS Gestion Petites et Moyennes Entreprises. Je suis déficient visuel depuis l’âge de 6 ans suite à une erreur médicale.

Aujourd’hui, un œil est complètement aveugle, l’autre conserve 1/20e. Concrètement, dès qu’il faut se déplacer, si ma destination est éloignée, s’il faut traverser des routes et des carrefours, il faut que je repère auparavant les lieux et le chemin à emprunter avec quelqu’un de voyant, que j’essaie le trajet plusieurs fois pour m’habituer à le réaliser. Je n’ai pas non plus le choix de prendre les transports en commun puisqu’il m’est impossible de conduire.

Pour les études, c’était compliqué : j’ai besoin d’outils adaptés, je lis en braille et j’utilise aussi une synthèse vocale, JAWS ou NVDA, sur ordinateur ordinaire.

En fait, c’est une question de techniques. J’ai dû apprendre les techniques propres à l’informatique adaptée afin de pouvoir utiliser un ordinateur et avoir accès à ses différentes fonctions. Pour me déplacer, ç’a été la même chose, le même apprentissage de techniques spécifiques. Maintenant que je les connais, je n’ai plus de cours de locomotion en tant que tels pour apprendre les nouveaux trajets. Mais j’ai tout de même besoin des autres, de mes proches, pour m’aider à les appréhender.

Actuellement, je vise une certification européenne en informatique. Je prends des cours sur Lyon. Dans ce cadre, j’apprends à maîtriser NVDA, l’autre synthèse vocale, pour me mettre à jour en ce qui concerne les évolutions de Windows. Le problème reste qu’il faut trouver quelqu’un qui s’y connaisse en informatique adaptée. Par exemple, c’est un informaticien non-voyant qui m’initie à NVDA. Une personne concernée peut mieux comprendre les difficultés rencontrées qu’une personne extérieure au handicap.

Q : Vous nous avez dit que vous utilisez le braille. Comment et quand s’est fait l’apprentissage ?

R : J’ai appris le braille à 6 ans. Mon apprentissage du braille s’est plus ou moins fait sur trois ou quatre mois. À cette époque, j’avais des chimios qui faisaient que je ne pouvais pas toujours aller à l’école.

Au début, j’utilisais l’Iris, un ordinateur-braille, et peut-être JAWS occasionnellement. Aujourd’hui, j’utilise une synthèse vocale au quotidien. Au collège et au lycée, j’utilisais un Esytime, un autre type d’ordinateur-braille plus récent que l’Iris. Mais maintenant que j’ai dû acheter mon propre matériel, j’ai choisi une Vario-Ultra, une plage tactile qui se branche sur un ordinateur classique ou sur un téléphone et qui me permet de lire en braille ce qui s’affiche à l’écran. On peut y connecter jusqu’à 5 appareils. Il s’agit d’un outil assez facile à transporter, de sorte que je puisse le connecter à mon téléphone partout en cas de besoin. Le choix de son matériel est une question d’affinités et, pour ma part, j’ai eu davantage d’affinités avec la Vario.

Q : Le sujet de la scolarisation des personnes en situation de handicap vous tient à cœur. Pourquoi ? Est-ce lié à votre propre parcours scolaire ?

R : C’est à la fois un ressenti personnel et un constat que j’ai pu faire, en échangeant avec des amis déficients visuels, constat selon lequel l’inclusion dans sa forme actuelle ne convient pas à tout le monde. Depuis la loi de 2005 imposant aux écoles d’accepter les enfants en situation de handicap, celles-ci ont tendance à accueillir automatiquement ces enfants tandis que les écoles spécialisées sont fermées. Aujourd’hui, on ne fait pas assez la différence entre un refus d’accueillir un élève handi et la nécessité de l’orienter vers une école spécialisée qui lui conviendra peut-être mieux. Sachant qu’il n’y a pas assez d’AVS (ou AESH), que les enseignant.es ne connaissent pas tous les handicaps, que le braille ou la langue des signes ne leur sont pas enseignés… D’ailleurs, on ne peut leur demander de tout savoir, de tout connaître.

L’enfant qui commence le braille aura besoin d’un professeur spécialisé pour l’accompagner dans son apprentissage de la lecture et de l’écriture lors de son année de CP. Cependant, l’instituteur.ice ne peut le guider dans cet apprentissage spécifique qui doit passer par l’intervention d’un.e enseignant.e spécialisé.e, lequel ne peut pas se permettre de suivre un enfant toute la journée sur site. Les enseignant.es spécialisé.es sont peu nombreux et accompagnent de nombreux élèves. 

Par exemple, au cours de mon bac pro que j’ai fait en apprentissage, entre la première et la deuxième année, il y a eu un changement de professeur. Mais on n’a pas alerté le nouvel enseignant qu’il y avait un étudiant handi dans sa classe. J’ai dû échanger avec lui, trouver des solutions ensemble… Ça, on ne peut pas le demander à un enfant qui entre en primaire et qui ne sait pas encore ce dont il a besoin. Et puis ce n’est pas à lui, à cet âge, de penser à toutes ces problématiques. Moi, j’étais plus âgé quand le problème s’est présenté, j’avais de l’expérience, j’avais rencontré des organismes, j’avais pu échanger avec d’autres… Je connaissais les solutions qui existaient. Mais un enfant de 6 ans n’a pas ce recul et les parents ne l’ont pas nécessairement non plus.

Je reproche alors ce manque de distinction entre refuser un enfant par non volonté de l’accueillir et refuser de l’accueillir parce que l’école ordinaire n’est peut-être pas faite pour lui. L’enfant peut avoir besoin d’au moins une année en milieu spécialisé pour savoir ce dont il a besoin. Par ailleurs, demander et obtenir la présence d’un.e AVS n’est pas une mince affaire et n’est pas non plus assuré à chaque élève qui en fait la demande.

Q : Quel parcours scolaire avez-vous eu ? Qu’avez-vous étudié ? Avez-vous connu l’intégration (ou l’inclusion) ?

R : J’ai été dans une école maternelle ordinaire. J’ai poursuivi ma scolarité à Ferdinand Buisson, une école ordinaire grenobloise avec deux CLIS (Classe pour l’Intégration Scolaire) pour personnes déficientes visuelles à partir du CP. Par classe, on était une petite dizaine.

J’y suis resté jusqu’au CM2. J’étais un peu jeune pour m’en rendre compte mais j’étais le seul CM2 à ce moment-là.

L’équipe éducative nous poussait en effet à aller en intégration une fois par semaine, c’est-à-dire à intégrer une classe ordinaire sur un court laps de temps, pour voir si l’enfant est prêt et lui faire faire un premier pas au sein du système scolaire classique, afin de voir s’il aura besoin d’une scolarisation spécialisée à l’avenir ou s’il est à l’aise en classe ordinaire. C’est ce que permettait de faire l’école Ferdinand Buisson qui possédait des classes spécialisées couplées au système dit « ordinaire ». 

Il s’agit d’une intégration partielle qui permet à l’enfant et à son entourage de savoir s’il est prêt ou s’il faut attendre encore un peu. Ainsi, on ne le jette pas d’un coup d’un seul au milieu des fauves, puisqu’on sait que les enfants peuvent être cruels entre eux, surtout à cet âge.

J’ai donc fait de l’intégration partielle en CM2. Mais au bout de quelques semaines, on s’est rendu compte que ça n’allait pas, que les instituteurs fermaient un peu les yeux sur ce qui se passait avec les autres enfants justement.

C’est pourquoi, par la suite, j’ai été scolarisé à l’EREA DV de Villeurbanne, l’Établissement Régional d’Enseignement Adapté aux Déficients Visuels, une école spécialisée pour les personnes déficientes visuelles, malvoyantes et non-voyantes, de la 6ème jusqu’au bac pro Gestion Administration. Jusqu’à la 3ème, ça s’est très bien passé : les profs étaient supers, ils étaient formés au braille, connaissaient bien le handicap. De mémoire, il y avait 3 profs de braille et d’informatique spécialisée.

À partir du lycée, les profs connaissaient certes le handicap mais, pour la plupart, ne maîtrisaient plus le braille. En fait, ce n’était plus une école uniquement réservée aux personnes déficientes visuelles, elle commençait à accueillir des élèves voyants parce qu’il n’y avait plus assez d’élèves DV en raison du processus d’intégration (ou inclusion) à l’œuvre, ce qui n’était pas un mal en soi. Mais quand on avait des exercices sous Excel, les enseignants n’étaient plus réellement capables de nous guider avec la synthèse vocale et c’était vraiment dommage étant donné que nous étions dans une école dédiée au handicap visuel.

Il y avait aussi à l’époque des sections sportives qui n’existent plus, il me semble : une section escalade et une section natation. On faisait des entraînements pendant l’année ainsi que des compétitions qui nous permettaient de rencontrer des enfants valides et de ne pas être trop renfermés sur nous-mêmes. Chaque année, le prof d’escalade qui était aussi guide de haute montagne nous emmenait faire des sorties qu’il organisait, par exemple s’essayer à la via ferrata ou voir les glaciers à Chamonix…

Une fois par an aussi, il y avait le Cyclonaute, un événement vélo organisé par les éducateurs. Cela permet à des enfants qui ne peuvent pas avoir de tandem de faire du vélo, de découvrir cette autre façon d’envisager cette pratique sportive. On partait une, deux ou trois semaines en tandem, en Espagne ou en Allemagne. Mais le projet a été arrêté avec la nouvelle direction. Ça non plus, ça n’existe plus…

Pour ma part, j’étais en Internat du lundi au vendredi soir. Les éducateurs étaient eux aussi spécialisés, ils maîtrisaient le braille et les outils spécifiques. Ils pouvaient ainsi aider les élèves avec leurs devoirs. Aujourd’hui cependant, ils ont été remplacés par les surveillants de nuit pour des raisons économiques, lesquels ne connaissent pas vraiment le handicap. D’autant plus qu’avant que je parte, l’école avait commencé à installer des appareils adaptés aux personnes sourdes et malentendantes pour les accueillir et avait commencé à former les éducateurs à la langue des signes. Mais tout ça aussi a été arrêté…

Q : Comment avez-vous connu cette école ? Par quel biais y êtes-vous entré ?

R : Je ne me souviens pas exactement, j’étais trop jeune. Mes parents ont su qu’une telle école existait et ils sont allés la visiter une première fois lors de portes ouvertes durant lesquelles ils ont pu discuter avec les enseignants. Ensuite, il me semble qu’ils ont déposé un dossier de candidature. Quand il a été accepté, je suis à mon tour allé à des portes ouvertes avec une personne du SAAAS38 (Service d’Aide à l’Acquisition de l’Autonomie et à la Scolarisation), à la suite de quoi j’ai eu un entretien avec la directrice-adjointe.

En France, il y a, ou avait, 3 écoles pour personnes déficientes visuelles : une à Paris, une à Lille et une à Lyon (Villeurbanne). À l’EREA, à mon époque du moins, étaient proposés quatre CAP (fleuriste, travaux-paysagiste, vannerie, cannage-paillage) et deux bac pro (Gestion Administration, électricien). Quelqu’un qui souhaite suivre une filière générale ira plutôt à Paris.

Q : Comment se répartissaient les cours ordinaires et les cours spécialisés ?

R : On avait quelques cours spécialisés mais pas énormément. Me concernant, j’avais 2h de braille et 1h d’informatique adaptée par semaine. Autrement, ce sont des cours ordinaires mais avec des enseignants spécialisés.

Q : Pour en revenir à votre parcours scolaire en tant que tel, qu’avez-vous fait après le bac pro ?

R : La question qui s’est posée a été de savoir si j’allais ou pas directement en BTS, c’est-à-dire faire des études supérieures qui fonctionnent selon le système scolaire ordinaire, alors que depuis la primaire j’avais uniquement suivi une scolarité dans des écoles spécialisées, avec peu d’élèves par classe, des profs familiers du handicap… Je n’étais pas sûr que ce soit une bonne idée.

J’ai alors décidé de refaire un bac pro, cette fois Accueil – Relation Clients et Usagers. Je l’ai fait en alternance. En outre, je n’avais pas les matières générales à repasser puisque je les avais déjà validées grâce à mon premier bac pro.

J’ai travaillé pendant deux ans à l’accueil du rectorat de Grenoble tout en étant scolarisé dans une école sur Saint-Marcellin. À ce moment-là, j’avais le choix entre l’internat ou vivre chez ma tante. J’ai choisi la deuxième option parce qu’après 7 ans d’internat dont les dernières années avaient été horribles, je ne voulais pas renouveler l’expérience…

Après mon second bac pro, j’ai finalement enchaîné avec un BTS Gestion Petites et Moyennes Entreprises que j’ai effectué en 3 ans. En raison de mon handicap, je pouvais réaliser la dernière année sur deux ans. J’ai ainsi réparti les matières de la deuxième année sur deux ans pour me laisser le temps d’adapter correctement les documents de cours et les examens. J’ai ainsi pu constater que l’Éducation Nationale n’était pas tout à fait au fait du handicap…

En effet, au moment d’aménager mes examens de fin d’année, j’ai expliqué ce dont j’aurais besoin, notamment de sujets en braille, mais on m’a répondu que je n’aurais que des documents en PDF impossibles à utiliser sur un ordinateur-braille. J’ai écrit à la rectrice qui m’a renvoyé vers la chef de division Examens et Concours, laquelle m’a recontacté pour m’annoncer que, vu les délais maintenant trop courts, il leur serait impossible de me fournir les examens imprimés en braille ou dans un format qui me soit accessible. La seule chose qu’ils pouvaient me proposer était de me fournir les PDF comme prévu et de me laisser me débrouiller, soit en zoomant sur le texte du PDF avec mon ordinateur classique, soit en projetant le document agrandi grâce à un vidéo-projecteur… Alors qu’on avait bien précisé que j’étais brailliste… 

Le jour de l’examen, je n’avais aucun document adapté. Heureusement que je connaissais bien l’AVS avec qui je passais l’examen puisqu’on avait travaillé ensemble durant l’année, de sorte qu’on puisse être efficaces dans notre manière de fonctionner. Mais, comme vous pouvez vous l’imaginer, la période de révisions dans cet état d’esprit a été très dure…

Selon moi, les personnes qui s’occupent des adaptations n’y connaissent rien. Même des personnes qui se sont spécialisées ne sauront jamais exactement ce qu’est le handicap sans l’avoir eux-mêmes expérimenté de près ou de loin. L’école, c’est de la théorie. Il y a un écart entre théorie et réalité.

Q : Comment avez-vous vécu ce double emploi du temps, cette double charge de travail à laquelle vous avez dû faire face tout au long de votre scolarité ?

R : Je l’ai plutôt bien vécue. Et puis on n’a pas vraiment le choix.

Par ailleurs, les cours de braille et d’informatique, on pouvait en général les faire en partie sur les cours de sport pour supprimer une charge de travail supplémentaire qui aurait supposé un emploi du temps alourdi. Mais il ne s’agit pas non plus de supprimer complètement des matières. L’EPS par exemple permet à l’enfant de se défouler, de découvrir d’autres activités, et c’est important de conserver cette partie de l’enseignement.

Q : Avez-vous bien vécu le fait de ne pas être allé dans une école ordinaire alors que d’autres vivaient l’inclusion scolaire totale ?

R : Je me souviens qu’en primaire, j’avais déjà eu du mal à me dire qu’il fallait désormais que je lise et écrive en braille et non plus en noir (= écriture ordinaire). Il m’a fallu du temps pour intégrer le changement. Mais au moment du passage au collège, cela ne m’a pas vraiment posé de problème. Je me suis vite fait des amis, à l’internat on s’amusait bien, les éducateurs nous organisant régulièrement des activités et autres sorties : nous allions faire du bowling, manger un tacos, voir un film au cinéma. Ils faisaient en sorte qu’on se sente bien, comme dans une seconde maison. On pouvait même regarder un film dans la salle-télé avec les copains.

En plus, la chance que j’avais à l’époque, c’est qu’il y avait un foyer-bar géré par le SE : le midi et le soir, il y avait un petit bar où l’on pouvait prendre un verre de sirop ou de coca. L’argent récolté permettait à ceux qui avaient pris l’adhésion d’avoir au moins 50% de leurs sorties financées tout au long de l’année. Il y avait aussi un foyer-musique où l’on pouvait avoir accès aux instruments et à des cours de musique. Grâce à ça, j’ai pu prendre des cours de guitare et de batterie.

Au lycée, je pouvais demander les clefs de la salle de musique et avec un ami avec qui on formait un petit groupe, on jouait ensemble le soir, moi à la guitare, lui à la batterie. Et je n’ai pas eu à apprendre le solfège en braille !

Une autre partie du foyer était agrémentée de deux ou trois baby-foot. Au-delà de ça, plein d’ateliers étaient organisés (anglais, échecs…). J’ai pu me familiariser avec un grand nombre d’activités.

Q : Vous avez terminé vos études en mai dernier. Avec 10 mois de recul, êtes-vous satisfait de ce parcours ?

R : Je regrette d’avoir eu autant de problèmes d’aménagements car autrement, j’aurais peut-être fait une licence. Mais je suis content, globalement, de mon parcours. Je ne pensais pas aller jusque-là, jusqu’au BTS.

Q : Le passage à un bac pro au sein du système scolaire « ordinaire » n’a pas été trop dur finalement ?

R : Non, pas vraiment. La classe était réduite : on était 10 ou 11, j’étais le seul garçon. Comme il faut trouver un patron pour l’alternance, ça réduit considérablement les effectifs des classes…

J’avais une AVS uniquement pour les matières professionnelles puisque je ne comptais pas repasser les matières générales. Et puis mes résultats de l’année précédente étaient tout à fait satisfaisants. Je ne pensais pas pouvoir faire mieux.

Q : Et maintenant, où en êtes-vous ?

R : Depuis mai, je recherche du travail. C’est un peu compliqué de chercher de manière intensive puisque je dois penser aux problèmes des déplacements. Je me fais aider par mon père qui m’aiguille pour savoir si telle entreprise me serait accessible ou pas.

J’ai pu recommencer l’escalade et la poterie en club. Aussi, depuis quelques temps, je me suis lancé dans une formation en informatique.

Je fais également partie de l’association Locomotive depuis janvier qui vient en aide aux familles avec un enfant ayant un cancer ou une leucémie. J’ai moi-même pu en bénéficier quand j’étais enfant et je veux continuer à la faire vivre. Elle a notamment pour mission d’envoyer des bénévoles dans les hôpitaux auprès des enfants hospitalisés à temps plein pour faire des activités. Le matin, le café-croissant permet aux parents de se rencontrer et de discuter. On organise des loisirs pour les enfants qui peuvent sortir : une semaine de péniche, un concert… J’ai personnellement assisté à un concert d’Indochine quand j’étais petit et j’ai même pu rencontrer le groupe !

Enfin, l’association accompagne les familles dans leur deuil.

Moi je m’occupe davantage de la partie activités lors du bénévolat que je réalise une fois par semaine. Je fais aussi un peu d’administratif.

Loïc faisant de l’escalade

Q : Vous avez un quotidien bien rempli. Pouvez-vous, pour finir, nous parler un peu de votre expérience de l’escalade ?

R : Je fais de l’escalade au sein d’un club près de chez moi depuis 3 ou 4 ans. Mais je pratique depuis la 6ème. J’en ai fait de manière intensive de la 6e jusqu’à la fin de mon premier bac pro, après quoi mes horaires ne me permettaient plus de participer à la section sportive proposée par l’EREA. Mais depuis quatre ou cinq ans, je m’y suis remis et je progresse réellement.

Je pratique essentiellement en salle mais il m’arrive parfois de pratiquer en extérieur. En extérieur, c’est parfois plus facile parce qu’on peut s’accrocher à tout. À l’intérieur, c’est difficile de suivre la couleur de sa voie d’escalade, surtout que je ne vois pas les prises pour les pieds. Le plus compliqué est d’anticiper son parcours…

C’est pourquoi, pour me diriger, j’utilise le système de l’horloge qui est une façon parmi d’autres de se repérer pour les personnes déficientes visuelles : la personne qui m’accompagne me guide en me disant où chercher la prise en s’appuyant sur le modèle du cadran d’une horloge. Par exemple, elle peut me dire : « Prise pour ta main droite à 2h. » ou « Prise pour ton pied gauche à 7h. ». C’est assez physique parce qu’en attendant de trouver la prise indiquée, il faut tenir la position !

Je pratique essentiellement avec quelqu’un qui me guide, mais quand je connais la voie, je peux grimper tout seul. La seule méthode pour connaître sa voie est de la faire plusieurs fois. Souvent aussi, je suis assuré par une autre personne et je grimpe en moulinette (autrement dit, la corde est déjà placée). Mais parfois, je monte en tête et là, je dois faire très attention pour ne pas me retrouver en bas…

Toutefois, en salle, les dégaines pour accrocher la corde sont plutôt faciles à trouver, visibles car assez nuancées pour que je puisse les repérer. Mais à l’extérieur, les dégaines ne se voient pas, donc je suis toujours assuré par quelqu’un.

Depuis le Covid, j’ai un niveau 5C voire 6A (N.B. : la cotation commence à 4 et va jusqu’au 9 avec des paliers A, B, C). Pour quelqu’un qui ne voit pas très bien, 6A c’est déjà pas mal !

Q : Vous faites aussi de la poterie.

assiette poule

R : Oui, je fais de la poterie depuis 3 ans. J’ai découvert cette activité au collège mais ça restait scolaire. Aujourd’hui j’en fais de manière libre. Je pratique seul : il n’y a que la folie qui parle !

Je vais dans un atelier qui appartient à un club près de chez moi. J’y vais seul, à pied, le mercredi et le vendredi après-midi. Je laisse parler l’inspiration, je rencontre d’autres gens, j’échange. Et puis la poterie, ce n’est que du ressenti, du pétrissage, de la mise en forme. Moi je vois encore, donc pour fignoler, c’est peut-être plus facile, je me rends mieux compte. Mais sculpter, ça se fait uniquement avec les doigts.

Néanmoins, j’aime bien peindre mes créations. Dans ce cas, je peins comme je peux, puis je demande à quelqu’un de m’aider à terminer, de me dire s’il y en a partout.

Q : Qu’est-ce que vous sculptez ?

R : Ma spécialité se sont les animaux ou les bestioles. On me dit que j’arrive à donner vie à mes créations dans le regard et dans l’expression. Comment je fais ? Je ne sais pas. J’ai l’image dans la tête et je m’emploie à la reproduire. Je ne regarde pas de photo, je ne m’appuie sur aucun modèle.

Et puis comme ça, on peut facilement rebondir si la sculpture ne ressemble pas tout à fait au résultat escompté. C’est du feeling et comment on ressent les choses.

Q : Pourquoi les animaux ? Parce que c’est vrai que le mot que vous avez utilisé, « bestiole », est assez juste : on dirait des caricatures d’animaux rigolotes, qu’on trouverait dans des dessins animés, avec une vraie personnalité…

R : Ou dans des bandes dessinées, c’est vrai. On me l’a déjà dit.

Les animaux sont innocents, ils n’ont rien à se reprocher. Je ne sais pas mais ça m’amuse de les représenter. J’aime leur rajouter des accessoires, me raconter des histoires autour d’eux : rajouter une couronne ou un petit cœur à une grenouille et imaginer un prince charmant caché sous ses traits peu engageants de prime abord. Et puis en club, ce n’est pas ce que les gens font le plus.

Il m’arrive de faire quelques bonshommes, notamment pour les offrir en cadeau, mais les animaux demeurent ce que je préfère sculpter.

Q : Vous avez un site Internet dédié à vos sculptures, n’est-ce pas ?

R : Exactement ! En voici le lien : http://lbrico.home.blog

N’hésitez pas à aller voir si le cœur vous en dit !

grenouille à casquette

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